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Jamel Debbouze s'exprime sur l'affaire Charlie

Dans une interview du magazine Sept à Huit de TF1, Jamel Debbouze prend la parole pour réconcilier ceux qui sont Charlie et ceux qui ne le sont pas. Il parle comme un patriote, fier d’être français et prêt à tout donner à cette France qui lui a tout donné. Il condamne les attentats et pointe du doigt les dysfonctionnements éducatifs dans les quartiers, terreaux des frustrations. Voici ses propos.

J’ai été sonné et en même temps, quand j’étais dans la marche, il y a quelque chose qui renaissait comme un élan d’espoir qui m’a rassuré sur la France. N’oublions pas que l’on parle d’une horreur perpétrée par une minorité, moi j’ai envie de parler aux millions de musulmans qui sont comme moi hagards et qui se trouvent dans une position inconfortable de devoir se justifier. Certains ont voulu se désolidariser des caricatures sur l’Islam, on ne peut pas leur en vouloir pour ça. On n’a pas la culture du blasphème. On ne nous a jamais appris à blasphémer. J’ai passé mon temps à ne pas dire que je suis musulman, non pas parce que je n’en étais pas fier, mais parce que je considérais que ce n’était pas un sujet et qu’on n’avait pas besoin d’affirmer son identité, sa différence et qu’on était tous pareils. Aujourd’hui, j’ai presque besoin de le revendiquer, comme pour dire ne vous inquiétez pas, on est pareils malgré nos différences. Je suis français, musulman, artiste, marié à une chrétienne, très belle journaliste, et père de deux enfants. C'est cela la France.

J’ai été déstabilisé par les caricatures de Mahomet, j’étais mal à l’aise. Je suis mal à l’aise avec le blasphème, ce n’est pas de ma faute, c’est dans ma culture. Quand je vois un dessin avec deux prêtres qui s’enculent, je ne me sens pas bien, ça ne me fait pas rire. On peut revendiquer notre désaccord, mais on ne peut pas insulter, on ne peut pas agresser, comme on ne peut pas tuer pour ça. Je me battrais pour que vous puissiez dire tout ce que vous voulez, mais je comprends aussi tous ces gens qui ont été déstabilisés parce qu’ils n’ont pas cette culture du blasphème. J’ai eu la chance d’être aimé, écouté, accompagné et aidé pour en arriver là où j’en suis. Pour tout cela, je remercie la France et je la défendrais corps et âme, mais tous les gamins des quartiers n’ont pas cette chance. C’est ce qui explique leurs frustrations.

On a tous une responsabilité dans ce qui est arrivé. On n’a pas su accompagner les acteurs qui depuis toujours font le travail (d’éducation dans les quartiers). Je pense à Saïd de Boxing Beat qui propose aux gamins de canaliser leur frustration et leur violence en tapant dans les sacs. Comme ils adorent ça, ils reviennent et s’ils veulent revenir, il fallait qu’ils aient des bonnes notes à l’école. C’est ça son combat ! Il en a fait des champions du monde et des gamins de sa salle ont fait Sciences Po. Je pense au Père Guy Gilbert dans le 19e arrondissement qui lutte activement depuis des années contre toute forme d’obscurantisme. Son terreau, ce sont les détenus, les jeunes désoeuvrés. Il n’a pas un centime pour le faire ! Au-delà de tout ça, il faut renforcer nos écoles, remettre le respect là où il doit être. Quand on rentre dans une classe, on se tait, quant le prof nous gronde, on ferme sa gueule, on baisse les yeux ! C’est comme ça que j’ai grandi. J’étais cette petite Kaïra qu’on n’aime pas et qui agaçait le voisinage. On dansait, on parlait fort, mais quand il y avait un père ou une mère qui passait devant nous, on se taisait.

On remet le doigt là où il doit être et je vous assure que ça ira mieux. On renforce les gens qui font ce travail (d’éducation dans les quartiers) depuis des années et je vous assure que ça ira beaucoup mieux. On prend en considération ces gamins, on les aime, on les écoute et je vous jure qu’on fera de ce pays une merveille !

Après les événements j’étais atterré, j’ai cru que mes 15 ans de travail étaient foutues, mais ce n’est pas vrai. De plus en plus, j’ai le sentiment qu’il y a un élan. C’est bizarre à entendre, mais c’est presque une opportunité, pour tout le monde, de reconstruire quelque chose de neuf. On ne tue pas au nom de Dieu, le terrorisme n’a pas de religion. C’est aberrant ! La religion c’est l’amour, la paix, la tolérance ! Parce que je connais les quartiers profondément, parce que je viens de ces quartiers, je sais ce que c’est que la frustration, cela peut faire des dégâts terribles. Si aujourd’hui, il y a un truc qui doit bouger c’est de ne pas oublier. On a oublié ce qui s’est passé après l’affaire Merah, il n’y a rien eu derrière ! Aujourd’hui, on ne doit pas oublier. Après la réaction, l’action concrète ! Il faut des adultes avertis qui raccrochent ces gamins à la république et qui les font re-aimer la France, pour les mêmes raisons qui font que j’aime la France et que je la défendrais corps et âme. La France c’est ma mère et on ne touche pas à ma mère !

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